L'un a 20 ans, un talent hors norme et un rang à défendre. L'autre a 19 ans, un gros potentiel et la fraîcheur d'un "bleu". Hier, Federer a pris l'avantage sur Roddick.
Le public, debout, pris en flagrant délire de "standing ovation" ne s'y est pas trompé. Il salue son héros, bien sûr. Il est heureux, fait la fête et se réjouit, déjà, de retrouver Federer à la hauteur des demi-finales. Mais il sait, aussi, que son "chouchou" retrouvera souvent sur sa route celui que toute l'Amérique a déjà élevé au rang de star. Roddick ? C'est le nouveau prodige US. Un charisme qui n'est pas sans rappeler celui d'Agassi, une attitude sympa et, surtout, une fraîcheur qui détonne dans ce monde aseptisé. Roddick, c'est aussi une sacrée tronche, un esprit guerrier et une volonté tout aussi affirmée de s'imposer aux yeux des autres. Federer, il disait le respecter. "C'est un bon gars, sur et en dehors du court." Aujourd'hui, il s'incline. "Il a beaucoup mieux joué que moi."

C'est vrai qu'après un premier set trop vite bouclé, pour un malheureux jeu de service offert, Roger Federer a considérablement élevé son niveau de jeu. Lui qui disait se réjouir de cet affrontement, face à un joueur plus jeune que lui, a en quelque sorte mis les choses au point. Les deux garçons disaient s'épier du coin de l'œil, se surveiller mutuellement depuis les tribunes. Ils ont constaté, de visu, de quoi sera fait demain. "J'ai eu beaucoup de plaisir à jouer, comme j'en ai eu avec Safin, Hewitt ou encore Ferrero. On est de la même génération. Je crois que le public aime nos confrontations. Par exemple, Andy a régulièrement applaudi mes points. Il est très fair-play, ce gars."
Il est d'autant plus aimable, cet Américain, qu'il avait le match en main lorsqu'il mena 4-1 dans le jeu décisif. Or, depuis quelques minutes, Federer n'y était plus. "J'ai eu l'occasion de servir pour le match à 5-4, se souvient-il. C'est à ce moment-là que mon service m'a lâché. Ensuite, aussi bien à 5-6 que dans ce jeu décisif, je ne me voyais plus sortir du court en vainqueur. J'étais en grande difficulté. Mais j'étais à la maison; j'ai eu un peu de chance, aussi."

Pas rancunier pour un sou, beau perdant, Andy Roddick s'est jeté dans les bras de son aîné sitôt la balle de match jouée. L'étreinte dura quelques secondes. Les mots qu'ils échangèrent resteront secrets. "Je ne sais même pas ce qu'il m'a dit. Probablement qu'il m'a félicité. Vous savez, il y a des gestes qui en disent bien plus que les mots...." Ces deux-là sont déjà très grands.