Roger Federer
Suisse
Né le 8 août 1981
Titre gagné : 1, Milan 2001
 


UN NUMERO 1 EN HERBE

Depuis qu’il est tout petit, c’est comme ça. Quand tous ses coups ne passent pas comme il le voudrait à l’entraînement, Roger s’énerve et jette violemment sa raquette. Au centre fédéral d'Ecublens, cela lui avait même valu d’écoper d’une punition exemplaire   nettoyer les courts, très tôt le matin, pour s’amender. Mais une fois qu’il a quitté le terrain, le jeune homme de 20 ans réservé et poli reprend le dessus, naturellement. Alors, la grand Suisse (1,85 m) parle à voix basse, lisse ses longs cheveux en cherchant ses mots, regarde son interlocuteur au fond des yeux, et lorsqu’il se sent enfin en confiance, les réponses se font plus denses, plus personnelles. Sûr de lui et de son talent, mais humble. Roger a du tempérament, c’est aussi simple que cela. « Il possède tous les coups et il a une réelle présence sur le court », disait de lui Andre Agassi il y a déjà deux ans, alors qu’il n’avait pas encore dix-huit ans. Boris Becker, l’une de ses idoles de petit garçon, est tout aussi dithyrambique : « Roger est l’un des joueurs le plus talentueux que j’ai jamais bu. S’il continue à progresser comme cela, il fera incontestablement partie des tout meilleurs de l’histoire de tennis. » Et ce ne sont pas ses excellents parcours (quarts de finale) à Roland Garros ou Wimbledon cette année, (où il restera comme celui qui a mis fin au règne du maître des lieux à qui on le compare d’ailleurs souvent, Pete Sampras lui-même) qui feront mentir ses deux glorieux aînés.

Du côté de sa Bâle natale, aussi loin qu’il se souvienne, Roger s’est toujours – ou presque – baladé raquette en main. Ses parents, Robert et surtout Lynette, étaient et sont toujours (aujourd’hui, ils jouent beaucoup de golf) très sportifs, et comme souvent pour les campions en herbe, ce sont eux qui ont fait taper leurs fils dans une balle pour la première fois alors qu’il n’avait que trois ans, à Münchenstein, où il habite encore. « Quand ils étaient sur le court, se souvient-il, j’étais tounours avec eux. Au club, je jouais contre le mur, à la maison contre les armoires… » A huit ans, lui qui possédait déjà une belle technique, a abandonné son revers à deux mains pour un revers à une main, comme Pete Sampras (toujours lui !), Richard Krajicek ou Stefan Edberg, dont il était alors très fan. Et déjà, il détestait la défaite. Alors, quand il s’est agi pour lui de choisir entre le tennis et le football, qu’il pratiquait également beaucoup, la perspective d’une carrière de haut niveau dans l’une des disciplines l’a motivé : « Et comme j’avais plus de talent au niveau de la main qu’au niveau du pied… », explique avec l’humour qui le caractérise au moins autant que ses accès de rage, ce lion dont l’animal favori est justement… le lion ! En plus de ses longues heures d’entraînement, il est à cette époque ramasseur de balles lors du tournoi de Bâle, ce qui lui donne l’occasion de côtoyer ses idoles, et notamment Stefan Edberg. C’est en ces circonstances également qu’il a approché pour la première fois Marc Rosset : « C’était très difficile d’obtenir un autographe de lui », s’amuse-t-il aujourd’hui qu’ils sont devenus amis. Deux ans plus tard, en 1995, il prend la direction d’Ecublens, près de Lausanne, et intègre le centre d’entraînement fédéral où il travaillera pendant deux ans aux côtés de Christophe Freyss, un ancien très bon joueur français, et Alexis Bernard. Là, en pleine Suisse romande, Roger (prononcé « Rodgeur » à l’anglaise, car sa mère est Sud-Africaine) apprend – pas toujours dans la joie d’ailleurs – la discipline, qui, jusque-là n’était pas son fort et… le français. L’allemand et l’anglais (grâce à Lynette, donc) n’avaient déjà plus de secret pour lui. « C’était très dur à Ecublens, explique avec l’accent suisse, bien sûr, et un vocabulaire désormais quasi-parfait « Rogi », parce que je ne parlais pas du tout français. En plus, quand tu es Suisse allemand, comme moi, tu n’es pas très bien accueilli par les Romands. On se fout un peu de ta g… ! » Puis, à 16 ans, il a arrêté l’école, pour laquelle, il est vrai, il n’avait pas une grande attirance et a déménagé à Bienne, dans un autre centre d’entraînement. Son talent ne fait alors plus de doute et la Suisse voit déjà en lui un futur n°1 mondial. Et cela lui convient puisque son rêve ce tennis est précisément de se retrouver un jour à la tête de la hiérarchie internationale. Solide au fond du court, doué au filet, Roger compte avant tout sur son attaque de coup droit, mais son revers est également, comme il le dit lui-même, le « baromètre » de son jeu : « Quand il fonctionne bien, cela signifie que tout est bien en place. » Fort de cette arme, il rivalise rapidement avec les meilleurs de sa catégorie d’âge, puis les dépasse bientôt, grâce au travail qu’il fournit désormais sous la férule de Peter Carter et Peter Lundgren. En 1998, il devient n°1 mondial chez les juniors , une distinction assortie d’un titre de champions du monde à la fin de l’année, grâce notamment à une victoire à l’Orange Bowl (cette victoire n’est d’ailleurs pas étrangère à son penchant pour Miami…) et à Wimbledon, ainsi qu’une demi-finale à l’US Open. Wimbledon qui a, depuis, sa préférence parmi tous les tournois, suivi de près par Flushing Meadow, justement. Ces performances l’ont fait réellement naître aux yeux du grand public, et depuis ses débuts chez les professionnels cette même année, il a su charmer les spectateurs par sa dégaine (son grand bandeau dans les cheveux, son catogan, ses amples chemisettes) et sa fougue dans l’échange, mais aussi par sa gentillesse, qui est tout sauf feinte. Roger a une devise, et elle est révélatrice de son caractère : « C’est agréable d’être important, mais il est encore plus important d’être agréable. »

Ce qui ne veux pas dire qu’il manque de caractère, au contraire. Ainsi, ses relations avec l’ex-capitaine de l’équipe de coupe Davis Jakob Hlasek (ce qui lui a coûté son poste) sont exécrables. Tout simplement parce que Roger n’a pas apprécié la façon dont le capitaine précédent avait été « remercié » et plus encore le fait que Hlasek n’ai pas été étranger à une façon de faire à ses yeux injuste et immorale. Roger Federer aime la clarté et l’honnêteté, et s’il doute, ils prend ses distances.
Mais le jeune homme sait aussi et surtout s’amuser. Sur le circuit, il fait rire son entourage et les autres joueurs par ses talents d’imitateur, qu’il peaufine en compagnie  du Suédois Peter Lundgren qui est désormais son entraîneur à plein temps, et qui lui a donné quelques tuyaux sur la manière de parodier Björn Borg, un ancien copain à lui. Appliqué et « chien fou » sur le court, attachant et encore enfantin parfois en dehors. Roger ne quitte jamais sa PlayStation et il se décrit aisément comme un « feignant ». Pourtant ses rapides progrès au classement tendent à prouver le contraire. Et s’il avoue que pour lui, une journée idéale se passe à la plage et sous le soleil, Martina Hingis elle-même, l’autre star suisse, (« Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi professionnel », dit-il à son propos) n’a rien trouvé à y redire. Ensemble, ils ont remporté la Hopman Cup, et Roger y a pris goût. Lui qui n’est pas amateur outre mesure de tennis féminin « aime bien quand Martina joue. Elle me plaît vraiment. » Un formidable exemple, il est vrai, et un coupe de tennis magique pour la Suisse.


Tiré de Tennis Plus, hors série n°4
Article gentiment recopié par Estelle, la plus grande fan de JC Ferrero de la planète (si si c'est pas une blague ;o)
 

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