Longtemps, très longtemps, le jeune Bâlois s’était "vu" en Pete Sampras, idole de sa jeunesse avec Boris Becker et Stefan Edberg. Et, hier, il l’a battu en cinq sets sur le plus beau court central du monde
Roger Jaunin
Londres
3 juillet 2001
"Je me souviens de lui, de cette rencontre à l’US Open, lorsque, face à Corretja, il avait vomi sur le court... Là, j’ai compris que c’était un grand champion!" Roger Federer feuillette son album souvenirs. On lui parle de Pete Sampras, de "l’énorme" Pete Sampras, sept fois vainqueur de Wimbledon, qu’il vient de battre en cinq sets dans son propre jardin. Alors il plane, Roger Federer; libère toute la tension, repousse les émotions, et parle de ces larmes qu’il n’a pas su, pas pu contenir: "C’était trop fort, c’était comme un rêve qui venait de se réaliser, c’était... comme du champagne à l’intérieur de moi-même."
C’était si "incroyable" le mot reviendra souvent que, en quittant le court central de Wimbledon, il en aurait presque oublié de faire la révérence à la loge royale. "Heureusement, Pete, lui, savait ce que nous devions faire..." Pause sourire.
Avant, pendant les 3 heures et 41 minutes qu’avait duré la rencontre, Roger Federer n’avait "pas vu passer le temps". Les aces, oui, les passing-shoots aussi, à la rigueur les jeux. Mais pour le reste... "J’aurais pu rester là des heures encore... C’est si beau..." Et puis il s’était senti "si bien"... "J’ai été surpris, dira-t-il, que Pete ne retourne pas mieux mon service. Du coup, cela m’a mis en confiance, j’ai pu me concentrer sur mes jeux de retour, prendre des risques..." Et défier, yeux dans yeux, bras contre bras, le plus grand champion de tous les temps.
A-t-il tremblé?
"Quand tu es là, quand tu sais que tu peux avoir ta chance,
que tu peux aller la chercher, tu n’as pas le droit d’esquiver", dira-t-il
encore. Comme s’il était rien d’autre que normal de regarder Pete
Sampras dans les yeux, et le central de Wimbledon comme son propre jardin...
Comme si, dans le fond, tout ce qu’il venait de faire y compris de sauver
l’équivalent d’une balle de match, à 4 partout et avantage
Sampras dans le 5e set n’était rien d’autre que logique.
A-t-il tremblé, ne serait-ce qu’une seule seconde, Roger Federer? "Au moment de pénétrer sur le court, un officiel m’a demandé si je savais ce que je devais faire. Je lui ai répondu que je croyais savoir, pour avoir suivi certains matches à la télévision, mais que j’entrais là pour la première fois... Il a été sympa, il m’a tout expliqué."
Et lui, Roger Federer, a fait le reste...

Trois questions à Roger Federer
Roger, franchement, qu’avez-vous pensé sur l’ultime point du
match?
J’ai "compris" qu’il allait me servir sur le coup droit. J’ai frappé,
j’ai senti la balle partir et... je suis tombé par terre...
Et là...
...je me suis dit: "Ne reste pas là!" Pete était déjà
au filet... Il m’était déjà arrivé de tomber
après une victoire, notamment en Coupe Davis. Mais là, c’était
trop... Trop fort...
Si vous deviez dédier cette victoire, à qui le feriez-vous?
A Björn Borg! Avec Peter (Lundgreeen, son coach, qui est un ami
du Suédois et... qui l’imite à la perfection) nous avions
calculé que Sampras en était à 31 matches gagnés
ici, et que Björn tenait le record avec 41 succès. Et nous
avions... décidé que Borg resterait le recordman absolu...
En fait, c’est Peter qui me l’a présenté, ce printemps à
Monte-Carlo, et je l’ai vraiment trouvé sympa.
R.J.

Les chiffres du match
Federer-Sampras
25 Aces 25
6 Double-fautes 9
63% 1ers services 70%
19 Coups droits gagnants 11
13 Volées gagnantes 19
17 Passings gagnants 15
12 Retours gagnants 8
10 Fautes directes 13
14 Balles de break 11
3 Breaks réussis 2
190 Points gagnés 180
1er set: 46’. 2e set: 47’. 3e set: 41’. 4e set: 44’. 5e set: 43’.
Temps total: 3h 41’.